Argentique ; un boitier en prime

La plupart des gens portent trop d’attention au boitier et pas assez à l’objectif , ou du moins choisissent d’abord le premier et se contentent ensuite de ce qui est disponible comme verre.

Pourtant, passé un minimum acceptable pour ces 2 éléments, il est plus efficace pour la qualité d’image d’investir d’avantage dans l’optique. Parfois, il suffit de se concentrer sur des possibilitées modestes pour obtenir l’essentiel . Je fais bien sûr référence aux focales fixes dites ‘normales’ , interchangeables ou pas, comme sur l’appareil argentique idéal (un article précédent).

Mais qu’en est-il pour d’autres focales, en particulier pour les grands-angles ? La démarche est ici de dénicher le meilleur achat possible tout en conservant un bon nombre des critères de l’appareil idéal mais avec certains et nécessaires compromis … mais pas sur la qualité de l’objectif.

Se concentrer sur les focales larges, c’est viser un outil exceptionnel pour le paysage quitte à ce que ce soit une caméra spécialisée dans ce domaine, c’est-à-dire limitée dans d’autres. D’ailleurs, s’il est un sujet ou l’on exige le plus souvent la perfection technique, c’est celui là .

 

 L’objectif Wide idéal

D’abord, pour la focale . Les préférences varient d’un photographe à l’autre mais c’est en examinant  l’effet obtenu qu’on peut arriver à une conclusion : l’équivalent de 28mm correspond au grand angle de base, ‘universel’ .

Voici pourquoi. En comparant avec une normale courante de 50mm, l’angle du 35mm offre une vision certes plus large , ‘intimiste’ mais pas suffisamment pour s’en distinguer. Pour la plupart, il s’agit en fait d’une normale large, qui remplace souvent la 50 comme objectif de base.

Plus que de simplement couvrir grand , les focales larges amènent un ‘effet grand angle’ ou l’espace semble dilaté . Les objets semblent loin les uns des autres et les lignes droites… pas très droites , surtout en penchant l’appareil vers le haut ou le bas.

Plus la focale est courte , plus ces effets sont accentués et plus il devient évident que la photo est prise par un grand ou très grand angulaire. Si l’impression donnée est souvent spectaculaire, comme tout effet , cela peut devenir lassant lorsque c’est trop présent et ça ne remplace pas un bon sujet.

Cela dit, il y a plusieures circonstances ou une vision très vaste s’impose mais ce qu’on recherche ici , c’est une focale plus discrète dont l’effet ne distrait pas du sujet, qui peut être utilisé couramment et qui se distingue de la normale .

 

 Design et format  

La plupart des utilisateurs sont familiers avec l’une des nombreux objectifs 28mm à monture réflex 35mm ……

mais beaucoup ignorent que ‘naturellement’ ces objectifs devraient être physiquement plus profonds à l’arrière , de plus en plus selon que l’angle couvert est grand. Ce design est appelé symétrique et est encore utilisé lorsqu’un miroir ne vient pas s’opposer . Les appareils réflex utilisent plutôt des types ‘retro-focus’ , beaucoup plus courts.

Même si ce dernier design s’est beaucoup amélioré au court des années , il demeure qu’il y a un avantage de qualité qu’on retrouve chez les appareils télémétriques ou à chambre.

Puisque l’on parles de qualité, plus le format  est grand, meilleur elle sera… mais pas toujours . La raison en est que la focale s’accroit aussi pour conserver le même angle de vision . Or, la profondeur de champ (la zone de netteté) diminue avec un focale plus longue, indépendamment de l’angle de champs.

La solution serait de fermer d’avantage l’iris mais quand on ferme trop , le phénomène de diffraction diminue la clarté de l’ensemble . Ce n’est pas nécessairement dramatique mais quand il nous faut une grande zone , l’avantage d’un format plus grand risque d’être annulé, du moins en partie par ce phénomène.

Donc , quel format choisir ? Cela dépend d’abord du type de boitier. Les mouvements d’une chambre , comme c’est le cas de presque tous les grands formats, permettent de contrôler la zone de netteté sans avoir à fermer à outrance …

…mais ne viennent certainement pas en prime avec un objectif. Le titre de cet article découle de la quête du meilleur objectif possible dont le boitier n’apporte pratiquement aucun coût supplémentaire…

 

Un boitier de compromis

Cette idée de s’offrir la meilleure optique possible sur une caméra moindre mais acceptable n’est pas nouvelle : une Contax-Zeiss sur un boitier Yashica , un rangefinder des années 70 comme le Konica S2 , etc… mais cette recherche du rapport qualité-prix conduit presque toujours à un objectif à angle de vision moyenne et/ou utilisant du film 35mm.

Voici ce que je vous présente comme étant l’objectif grand angle recherché ici : l’EBC Fujinon 45mm f5.6 qui ferme jusqu’à f22 et prends du 49mm de filtre . Cet objectif compact à traitement multi-couches est symétrique et conçu pour le 645, le plus petit des moyen format courant.

Comme je l’utilise sur trépied, sa faible ouverture n’est pas un problème , surtout qu’on ne vise pas à travers. F11 serait son réglage de base mais il faut souvent F16 et même hélas F22 pour englober ce qu’on voit mais ce serait plus problématique avec un format plus grand.

L’appareil sur lequel il est fixé pour de bon est le Fuji GS645W qui date du tout début des années 80. Il est tout léger (1lb et 10 onces) rigide (n’a pas de soufflet), manuel et même mécanique .

Si le boitier est intéressant, surtout de par son poids, on ne peut dire que son viseur soit bon . Il n’est pas vraiment contrasté et n’est pas assisté par un télémètre. Il y a un posemètre fonctionnel mais pas impressionnant .

Bref, c’est vraiment l’objectif qui se distingue dans un boitier léger mais perfectible. Et cet objectif vaut le prix de l’appareil d’environ $500 sur le marché usagé, c’est du moins mon avis.

Au niveau de l’usage, bien que conçu pour une prise de vue à main levée à zone de foyer approximatif, comme l’hyperfocale, je le trouve bien plus efficace d’une autre façon sur un trépieds léger, déclencheur souple et spotmètre à main pour du paysage.

En fait , je le considère comme un genre de caméra idéale mais spécialisée : légère pour paysage couleur , avec du Provia 100F .

Des alternatives

Il y en a quand même un bon nombre . D’abord, d’autres Fuji. Aux départ, j’éliminerais ceux qui ont une focale fixe normale car ils ont beaucoup plus de concurrence, notamment les réflex bi-objectifs (TLR)

Le Fuji GA645Wi couvre le même angle, est plus récent, AF, ouvre à F4 et m’apparaît donc supérieur pour la prise de vue à main levée. Il est quand même un peu plus lourd… et un peu plus cher  .  Un des Fuji 690 a un objectif 65mm qui couvre le même angle en 6×9 pour le double de poids et de prix .

En fait, pour le même usage mais en mieux, il faudrait passer au format 6×7 avec le Mamiya 7 dont les objectifs sont inégalés mais à un prix d’un autre ordre et une profondeur de champs plus délicate.

 

Conclusion

Toutes ces alternatives sont valables mais à la fois plus dispendieuses et plus lourdes . Mon propos est plutôt de vous faire découvrir un rapport qualité-poids inégalé , un bel objectif sur un boitier qui n’est finalement pas si mal pour une « prime » .

FG

 

 

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