L’histoire de Georges

Georges (nom fictif) aimait beaucoup faire de la photo. Pour s’y consacrer sans être limité par le matériel, il s’était équipé : top modèle de DSLR, meilleurs objectifs, flash , etc. Ça lui avait couté une petite fortune mais maintenant il avait ‘le kit’ , pas d’excuse dorénavant pour ne pas réaliser ses chef-d’oeuvres.

Au fil des jours ou il apprivoisait ‘le kit’ , il s’émerveillait des possibilités et du rendu des images … mais bientôt un problème se posa : c’était très encombrant et surtout très lourd à transporter . Il commença par mettre de côté son superbe 70-200mm f2.8 stabilisé à moins d’être sûr d’en avoir l’usage cette journée là. Pour ne pas être pris de court, il acheta une 85mm f1.8 , plus limitée mais oh combien plus légère.

Malgré qu’il ne sortait parfois qu’avec sa 24-70mm f2.8 , l’appareil restait le plus souvent à la maison sauf lorsqu’il faisait une ‘sortie photo’, c’est-à-dire qu’il allait spécifiquement à un endroit donné pour en faire.

Il se rendait compte qu’il manquait beaucoup d’occasions de faire de belles images et il se mit à rêver à un appareil de poche qui lui procurerait une qualité assez proche de son DSLR et qu’il aurait toujours sur lui. Il se rendit toutefois compte que si certains modèles étaient intéressant , aucun ne le rapprochait vraiment du contrôle et de ‘l’expérience photographique’ qu’il affectionnait . Et puis tenir un appareil à bout de bras n’était pas son habitude de visée et ne l’attirait pas…

Avec ou sans compromis ?

Il y a de forte chance que vous connaissiez un tel Georges ou que vous en soyez un vous-même. La quête de votre meilleur appareil possible , en supposant que ce ne soit pas le coût qui vous freine, vous portera probablement vers un DSLR haut de gamme…

…mais vous remarquerai, avant ou après l’achat, que plus c’est bon = plus c’est lourd. Par exemple , chez Nikon en format APS-C, un modèle de série 3000 ou 5000 est bien léger mais pourrait ne pas vous satisfaire. Le D90 a un bon viseur avec pentaprisme mais bien que le D300s y soit supérieur sur certains points, devriez-vous ‘investir’ dans la différence de poids ? La question se pose aussi pour les objectifs dont les filtres sont souvent de 77mm ou plus.

Votre capacité à transporter le matériel et vos sujets de prédilection font largement partie de la réponse . Du gros matériel peut être intimidant ou attirant dans certaines circonstances . A chaque élément du ‘kit’ il faut évaluer l’alternative : existe-t-il une solution plus raisonnable mais quand même satisfaisante ?

Cette assez longue introduction montre pourquoi l’appareil idéal ne sera ni le meilleur, ni le plus polyvalent et sera nécessairement l’issu de compromis pour favoriser certains critères subjectifs. Et comme à notre époque un modèle n’attends pas l’autre, le choix sera éphémère à moins qu’aucun successeur ne fasse aussi bien avant ‘longtemps’, numériquement parlant…

Les critères

Je dois d’abord dire que je n’ai pas tenu compte de la vidéo dans mon choix car c’est une fonction non photographique dont vous aurez personnellement à évaluer l’importance dans votre sélection . Il ne faut pas oublier qu’un camescope séparé est généralement très mini et conserve plusieurs atouts.

Sans surprise, j’exige d’abord relativement compact et surtout léger. Je dis relativement car on ne vise pas un appareil de poche . Un certain volume a ses avantages pour pouvoir y placer un viseur et un écran en plus de boutons et molettes bien plus pratiques que ‘tout dans les menus’.

Plus volumineux permet aussi une meilleure ergonomie : par la prise en main, notamment avec une poignée (ou un ‘renflement’) avant droit qui fait tenir solidement l’appareil . Cela n’épaissit pas vraiment le duo car même l’objectif le plus ‘crêpe’ dépassera au moins un peu.

Pour être idéale, la visée doit être impeccable , autant à l’oeil que sur l’écran que je veux mobile et donc lié à un excellent mode ‘live view’ .

La réactivité doit être supérieure : rapidité à l’allumage, au déclenchement et prêt immédiatement à une autre pose et ce même en mode RAW .

Un bon zoom : optiquement, stabilisé, suffisamment polyvalent et prenant des filtres réguliers peu encombrant (49, 52, 55 ou 58mm) plus un flash intégré.

Du silence et de la discrétion.

Finalement, un capteur le plus grand possible…

Ouf ! Pas évident de combiner tout ça. Notamment du côté des viseurs non réflex qui ont tendance à disparaître au profit des écrans et ne sont bon qu’en haut de gamme… En fait, je n’ai vraiment déniché qu’un seul appareil mais d’autres s’en rapprochent suffisamment pour les mentionner.

D’abord, du côté des gros compacts, la série G de Canon avec son pratique petit zoom équivalent à 28mm jusqu’à 135mm comme principal atout. Aucun défaut flagrant mais les limites du petit capteur et l’enchainement lent en mode RAW communs à cette catégorie n’en font pas mon favoris. Quand même un choix sensé.

Du côté des SLR , il y a le Nikon D5000 avec son kit zoom 18-55 f3.5-5.6 vr (stabilisé et 52mm de filtre) . Les avantages du réflex avec un mode (relativement) silencieux mais un viseur pentamiroir étriqué et sombre. Le live view de l’écran mobile est perfectible du à la visée réflexe. Un avantage indéniable est toutefois la gamme disponible d’objectifs interchangeables, en particulier le 50mm f1.8 .

Le format 4/3 (équivalent à du demi 35mm) a eu ses adeptes et détracteurs. Le plus petit des grands capteurs a permis de lancer des objectifs plus compacts , notamment au niveau des télés lumineux et un nettoyage à vibration bien plus efficace. Par contre les viseurs réflex sont limités par la dimension qui grève un peu aussi la qualité d’image.

Avec l’avènement du ‘micro 4/3′ , je pense que ses représentants (Olympus et Panasonic) sont sur la bonne voie. L’élimination du miroir et l’adoption de la visée électronique sied bien à ce format particulier et permet même des viseurs plus grands . De plus il n’y a pas de meilleurs live view (vue directe sur l’écran) qu’un système ‘mirrorless’ … et de silence de déclenchement…

L’élu

C’est le premier représentant de ce nouveau courant que je vous présente comme l’élu : le Panasonic Lumix dmcG1 .

Quelques chiffres : un capteur de 12 mp, un viseur 100% de 1.44 millions de pixels et un écran de 460,000 pixels pour un poids d’environ 650 grammes, incluant la pile et l’objectif stabilisé 14-45mm F3.5-5.6 . Les filtres sont de 52mm.

L’apparence est celle d’un mini-réflex, dimension interne du viseur oblige. En fait, tout le rappelle jusqu’à ce que l’on porte le regard à la fenêtre. Bien que rien n’égale vraiment la visée via un bon pentaprisme,  il faut admettre que c’est ici bien mieux réussi que tout ce qui s’est fait avant.

La réactivité est exemplaire et l’ensemble du comportement est comparable à un réflex . La qualité est au rendez-vous, en tenant compte que le capteur est légèrement plus petit que le APS-C . L’objectif est fort bon mais profites de corrections auto de vignettage et de distorsion.

Ce précurseur est déjà suivi de pleins d’autres dans ce courant de boitiers sans miroir. Mais la course semble se faire surtout sur 2 aspects : toujours un peu plus compact, au détriment de l’ergonomie et bien sûr la vidéo, qui comptent surtout pour un appareil de vacance et de voyage

Qu’en est-il du Lumix G2 ? Le kit zoom est remplacé par une version légèrement plus courte (14-42mm) et aussi un peu moins bonne qui vaut environ $75 de moins, histoire d’être plus compétitif en terme de prix face aux DSLR d’entrée de gamme . En ce qui me concerne, c’est une navrante économie de bout de  chandelle.

Des ajouts ?

Comme toujours certains accessoires peuvent augmenter le plaisir .Je mentionne d’abord un mini trépieds. Le Gorilla pod SLR lui va à merveille et en laissant le sabot quick release en permanence, on dispose d’un niveau à bulle.

Pour le reste, cela dépends beaucoup si vous en faites un système principal ou non. Si vous disposez aussi d’un DSLR, il est sans doute préférable de s’en tenir à un minimum d’additions… sinon voyons quand même quelques possibilités.

Le zoom 45-200mm stabilisé n’est pas tout à fait aussi bon que le 14-45, mais c’est aussi le cas des autres kits pour réflex. C’est quand même le plus petit objectif permettant d’atteindre un équivalent 400mm (52mm de filtre). Par contre, comme pour la plupart des zooms économiques, il faiblit dans ses focales les plus longues, dans ce cas-ci après 150mm.  Donc, en le sachant, ne dépasser 150mm (quand même 300mm équivalent) qu’à l’occasion.

Le minuscule 20mm f1.7 non stabilisé (46mm de filtre) : d’abord, j’aplaudis la focale et l’ouverture. Pas pour isoler le sujet car il y a une conséquence de la taille du capteur . Bien qu’on ait le champs de vision d’un 40mm, ça demeure un 20mm au niveau de la profondeur de champs. Pour vous donner une idée , c’est comparable à environ  F4 avec une 50mm en plein format . En pratique, on n’obtiendra des arrières-plan flou qu’avec des sujets très rapprochés.

Bien que le rendu soit très net , il y a du vignettage aux grandes ouvertures mais aussi de la distorsion qui est corrigée automatiquement de façon un peu destructrice de résolution. Il vaut mieux un convertisseur raw qui ne le fait pas pour viser des grands tirages. Au prix d’environ $500 cdn +tx , ce ne semble donc pas une aubaine pour ses capacités. Toutefois, lorsqu’utilisé avec soin, comme sur un trépied à F4, le rendu est superlatif et n’a rien à envier aux plus grands.

Comme flash externe, j’hésite à recommander un modèle très sophistiqué comme les Metz 48 et 58af , plutôt gros et overkill . J’ai déniché, car ce n’est pas courant un Metz 36af4 qui fait l’essentiel : le TTL, le mouvement vertical et le zoom 28 à 85mm (en eq 35) mais qui n’a pas d’écran ni fonction avancée ni motorisation de la tête. Pas trop cher et un bon complément à cette caméra, surtout pour un usage occasionnel (à ne transporter qu’en cas de besoin prévu) . Sa puissance est un peu juste en lumière indirecte et nécessite donc un ISO plus élevé comme 400.

Ce qui rend unique ce format micro 4/3, c’est la distance objectif -capteur extrêmement réduite qui permet d’adapter à peu près toute marque en autant qu’elle couvre ce format, ce qui n’est généralement pas un problème.

Bien qu’on puisse y installer ce qui s’adaptait déjà sur d’autres systèmes , cela ouvre enfin la porte à 3 montures inaccessibles précédemment : Canon FD, Leica M et C (ciné 16mm) . Cette dernière couvre tout juste et a déjà fait monter les prix de ses meilleures optiques au delà du raisonnable.

De la même manière, les verres Leica de monture M (film 35mm télémétrique) n’étaient pas donnés et l’achat spécifique ne se justifie pas vraiment maintenant. C’est par contre une bonne nouvelle pour ceux qui possédaient déjà ces optiques, n’ayant pas abandonné le film et qui peuvent désormais ajouter l’utilisation du numérique pour peu cher, ‘leicament’ parlant.

Le nouveau bassin d’objectifs exploitables est donc surtout fait de Canon FD breech lock ancien ou FDn baïonnette un peu plus récent et pas mal plus léger et compact. Si je ne devais en nommer qu’un seul , ce serait le FDn 100mm F2 qui ne prends que du 52mm de filtre et que je considère personnellement comme le meilleur télé jamais fait si on tient compte autant de la compacité que de la qualité et la luminosité.

En fait, beaucoup d’objectifs de 50mm à 135mm F2.8 ou mieux conviennent et comblent le besoin d’isoler un sujet net dans une zone flou en autant qu’il ne soit pas mobile car on parle ici de mise au point manuelle assistée par grossissement d’image. Il ne faut pas non plus oublier que le boitier est léger et non stabilisé . Il vaut donc mieux éviter les longs et lourds télés à moins qu’ils ne dispose d’un collier de trépied pour balancer et stabiliser l’ensemble.

Parmi les nombreux adapteur, un se différencie des autres : le Lens baby Tilt controller . Comme son nom le dit, il permet de pencher un objectif (Nikon seulement). Plutôt dispendieux (environ $250 aux USA, $370 + tx au Canada) et limité (pas d’aide au recentrage). Je ‘pencherais’ plutôt pour un adapteur ordinaire et une bonne vieille 50mm manuelle qui s’acquièrent à environ $100 pour les 2 .

Pour conclure…

Il y aura toujours place pour les performances élevées et la qualité rassurante du matériel haut de gamme , du genre qu’utilisent les professionnels pour de bonnes raisons. Il y va de même pour les techniques perfectionnistes de l’utilisation sur trépieds, etc.

L’amateur sérieux peut prendre la même voie mais il a le luxe de pouvoir en emprumpter d’autres .

Ce n’est pas une question de tout ou rien . En autant qu’il y ait suffisamment de qualité pour des tirages de présentation, suffisamment de contrôle pour s’exprimer au delà du simple cadrage et surtout suffisamment de plaisir à utiliser l’outil.

François Gauthier

© 2012 Suffusion theme by Sayontan Sinha
Login